lundi 16 février 2015

"La maison du scorpion" - Nancy Farmer


Ma lecture pas à pas

Le titre tout d’abord… « La maison du scorpion » avec en première de couverture, un scorpion sur fond rouge. Que peut-il bien représenter ? D’emblée, je l’associe à un personnage (lequel ? C’est encore un mystère…) dirigeant une maisonnée ou un domaine. Intuitivement, je prédis qu’il ne s’agira pas là d’une histoire des plus joyeuses.
La quatrième de couverture nous apprendra que le scorpion représente, en réalité, l’emblème d’un certain  « El Patròn », homme le plus puissant au monde et régnant sur un pays fictif « L’Opium », entièrement dédié à la drogue.

«Aaaah, une anti-utopie, me dis-je ».

Poursuivant la lecture de la quatrième de couverture, j’apprends également la présence de clones, véritables objets humains destinés à servir de réservoirs d’organes. Le clonage donc… Intéressant !
La dernière phrase m’interpelle : « Le problème, c’est que, quand on a un cerveau, on s’en sert ».
Elle résonne comme une promesse, promesse de révolution, de liberté. Je souhaite d’ores et déjà bonne chance au héros et décide d’ouvrir le livre sans plus tarder.

Aie ! Une fameuse liste de personnage. Cela commence bien ! Je m’attends donc à une histoire assez compliquée. Vu le nombre de personnage, je parierais même sur une histoire dans l’histoire, nous verrons bien…  Je passe très vite la liste en revue : au final, je pense qu’elle sera d’une grande aide et apportera plus de clarté. À voir !

  • Entrons dans le vif du sujet ! Arrivée à la page 100 :

Il s’en est passé des choses ! Jusque là, le récit est très fort centré sur Mattéo. Un mot à dire : génial !!! Pour l’instant, j’adore ce roman. Celui-ci me fait déjà ressentir moult émotions, ce que j’attends principalement lorsque je lis un livre, qui plus est un roman : de l’affection et espérance au tout début, lorsque Mattéo vit avec Célia, de la peur lorsqu’il rencontre Steven et Maria, de la haine, beaucoup de haine envers Rosa, encore de la peur quand il rencontre pour la première fois El Patròn  et du soulagement lorsqu’il est remis à Célia.
Nous faisons également connaissance avec Tam Lin, le garde du corps pour lequel j’éprouve déjà beaucoup d’affection. J’espère que son personne sera davantage développé par la suite.

Déjà, cette partie de livre me pose quelques questions: est-ce parce qu'il est la copie conforme d'El Patròn que Mattéo ne pourra jamais se comporter autrement? La génétique a-t-elle un poids si immense sur lui... Sur nous? Finira-t-il charcuté comme un vulgaire bout de viande?
J'ai tendance à espérer le contraire et je présume un retournement de situation, croisons les doigts!
Un passage m'ayant particulièrement marqué consiste en la découverte du don que possède Mattéo pour le piano et la musique. Tam Lin résume bien la situation: "C'est drôle, je n'aurais jamais cru qu'El Patròn serait doué pour la musique". J'ai alors tendance à penser que c'est également nos expériences, nos goûts, nos choix qui déterminent ce que nous sommes, autant, ou beaucoup plus que la "simple" génétique.

  • Continuons! Page 213, la moitié du roman:
Je suis véritablement happée par ce roman qui est devenu mon numéro 1 de cette liste de lecture. 
Que de rebondissements! Tout d'abord, Mattéo découvre le vrai visage de Tom, un garçon de son âge, qui, sous des airs angéliques, est en réalité le diable incarné. S'ensuivra un conflit bouillonnant entre Tom et sa mère contre Mattéo, la principale victime étant Bouldepoil, le petit chien de Maria.
Ensuite, Mattéo découvre, à l’hôpital, le sinistre sort réservé au clone de MacGrégor.
Malgré cette découvertes et les perfides allusions de Tom à ce sujet, Mattéo reste convaincu qu'El Patròn l'aime sincèrement.
En parallèle, les choses s'accélèrent et l'on sent bien que le moment funeste où l'on va prélever les organes de Mattéo approche, El Patron n'étant pas en au top de sa forme.
Des changement apparaissent dans les attitudes de Célia et Tam Lin. Ce dernier, par exemple, emmène régulièrement Mattéo dans une cabane sur la plage et le soumet à des entraînements rudes.
Va-t-il le faire évader? Cela serait probable.
Célia aussi semble comploter quelque chose contre l'usage que compte faire El Patròn de Mattéo. Ainsi, un passage m'a tout particulièrement troublée: la conversation entre Célia et Tan Lin. Célia tente-t-elle d'empoisonner Mattéo? Pourquoi ferait-elle ça? Est-ce la seule façon pour lui d'échapper à son destin? Nous verrons par la suite.

Nous apprenons également que le nom de famille d'El Patròn est Alacrán. En français, cela signifie "Scorpion". Ma supposition du début était don juste. Scorpion constitue une métaphore désignant El Patròn lui-même de par sa dangerosité, mais également le domaine entier, en ce compris les personnes qui y résident.

  • Page 265

Ça y est! El Patròn est mort et Mattéo vivant! Quels rebondissements!
Les médecins ont bien sûr tenté de prélever les organes de Mattéo et de les transplanter sur El Patròn.
C'est là que Célia entre en scène: en effet, cette dernière a, durant de longues années, empoisonné Mattéo à petites doses, ne le tuant pas mais  rendant ses organes trop instables pour une transplantation. Une idée de génie! S'ensuivra un dialogue entre Célia et El Patròn mourant.
Quel courage et quel cran de la part de Célia! Du coup, j'ai vraiment peur pour elle!
Et Tam Lin, quel comédien! J'y ai cru jusqu'au bout! Ce personnage va vraiment me manquer, il est bien plus profond qu'il n'en laisse paraître.
Voilà donc Mattéo parti, il va essayer de rejoindre Maria à San Luis. j'espère de tout coeur qu'il va y arriver!

  • Page 276

Une histoire dans l'histoire, je l'aurais parié! Mattéo se trouve maintenant en Azlan et est amené dans une usine avec d'autres enfants. Que va-t-il se passer? Mattéo va-t-il prendre la tête des enfants et se rebeller? Retrouvera-t-il Maria, Célia, Tam Lin?

  • La fin

J'ai donc terminé, avec regret je dois dire, "La maison du scorpion". Ce livre est, pour moi, un véritable coup de cœur.
Avec ses nouveaux amis, Mattéo finit par se rebeller et s'échapper de l'usine où les conditions de vie sont vite devenues insupportables. Après quelques péripéties, il retrouve Maria et sa mère Esperanza qui le convainc de retourner en Opium.
Mattéo y  rejoint Célia et quelques-unes de ses connaissances qui sont, en réalité, les seuls survivants.
C'est à se moment que l'on prend véritablement conscience de toute la sournoiserie et de l'extrême intelligence d'El Patròn.Les bouteilles de vin à son enterrement étant empoisonnées, tous ses invités sont morts en même temps que lui. Ils lui appartenaient tous.
Même Tam Lin, pourtant au courant de la manigance. Cela m'a vraiment déchiré le cœur et je lui en veux un peu d'avoir pris cette décision. Pourquoi? Pourquoi n'est-il pas resté pour aider Mattéo? Pourquoi est-il mort pour un vieillard infâme?  Pourquoi??? Un semblant de réponse se trouve peut-être dans le passé de Tam Lin: étant accidentellement responsable de la mort d'une vingtaine d'enfants, il ne se jugeait peut-être pas digne de continuer à vivre, tout en sachant sa mission de sauver Mattéo accomplie.
Au final, c'est à Mattéo que reviendra le devoir de démanteler l'empire d'Opium. Une lourde tâche!

En conclusion, je vois la fin comme une sorte de happy end en demi-teinte, la mort de Tam Lin et les atroces agissements d'El Patròn m'empêchant de la considérer comme une fin heureuse à part entière.
Et c'est peut-être à cette fin que l'on s'aperçoit qu'il s'agit bien d'un roman pour adolescents: l'histoire finit bien, de manière générale.
Je ne peux que conseiller la lecture de ce roman, il est terriblement addictif, on retient son souffle à chaque chapitre et l'on ne sait s'en détacher avant d'avoir tourné la dernière page. C'est également un livre qui tend à nous faire réfléchir sur bien des sujets: le clonage évidemment, mais aussi la question de la vie éternelle, de l'utilisation de la science, de l'égalité,...
Une lecture que je conseille à tous à partir de la troisième année secondaire.

Le clonage

En lisant la « Maison du scorpion », j’ai tout de suite pensé qu’heureusement le clonage était toujours, de nos jours, interdit. Pour moi, il ne pouvait en être autrement. Mais qu’en est-il vraiment à l’heure actuelle ? Il faut dire que depuis la brebis Dolly, de l’eau a coulé sous les ponts.
Je m’aperçois que je n’en sais pas beaucoup plus sur le clonage.
Prédisant un sujet très complexe et intéressant, ainsi que de passionnants débats avec  mes élèves, j’ai décidé de faire une recherche sur le clonage en général et son état d’avancement à l’heure actuelle.


Tout d'abord, d'un point de vue scientifique, qu'est-ce que le clonage? Selon la Commission Européenne, le clonage serait défini comme "La création d'un organisme constituant la copie génétique fidèle d'un autre organisme, les deux organismes en question partageant donc le même ADN". 

Il faut savoir que la thématique du clonage est présente dans les esprits depuis bien longtemps. Preuve en est faite du "Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley, livre dans lequel ce dernier imagine une société utilisant exclusivement le clonage et l'ADN pour contrôler et véritablement conditionner les individus.
Plus scientifiquement, c'est en 1903 qu'un certain H.J. Webber, botaniste de son état, utilise pour la première fois le terme "Clone" pour désigner des plantes reproduites par reproduction asexuée.
Durant quelques années, s'ensuivent plusieurs expériences et tentatives de clonage.
Il faudra attendre 1952 pour que réussisse le clonage d'une grenouille et c'est bien à partir de cette date-là que l'on considérera le vrai début de l'histoire du clonage.

En 1979, autre événement majeur: il s'agit de la première tentative sans grand succès de clonage humain, réalisée par l'américain L.B. Shettles.

Il faudra attendre 1996 pour que naisse enfin la célèbre brebis Dolly, premier mammifère à avoir été cloné. D'autres clonages de brebis et de vaches s’ensuivront.
D'autres essais auront également lieu sur l'homme et en 2001, est créé le premier clone d'embryon humain: les fameuses cellules souches. Les scientifiques insisteront énormément sur le côté thérapeutique de ces recherches ayant pour but de guérir des maladies jusque là incurables, à l'aide de cellules souches.

Date importante, en 2004, le projet de révision des "Lois de bioéthiques" est adopté en première lecture au Sénat. De mon point de vue, il s'agit clairement des premières interrogations éthiques sur le clonage. J'espère que beaucoup d'autres suivront si celui-ci venait à se développer.


  • Et aujourd'hui?
Le clonage d'un humain en tant que tel n'a jamais été réalisé. John Gurdon, prix Nobel de médecine en 2012, affirme que le clonage humain serait potentiellement possible d'ici 50 ans.
Pour lui, le clonage humain ne relève absolument pas de la science-fiction. Le chercheur déclare ainsi que la science possède déjà les techniques et que celles-ci devraient être améliorées et opérationnelles d'ici un demi-siècle.

  • Le clonage, illégal?
En Europe:

Au sein de l'Union Européenne, le clonage ne sert actuellement qu'à la recherche, ce que font la plupart des États membres. Précisons que le clonage n'est pas, dans l'UE, utilisé à des fins commerciales. 
Cependant, le Danemark est le seul pays de l'UE à avoir adopté une loi spécifique afin d'interdire le clonage à des fins commerciales, à l'échelle nationale. 

Et ailleurs:

Aux États-Unis, le clonage est autorisé à des fins commerciales. Par exemple, des porcins et des bovins clonés sont vendus à des agriculteurs. Notons, tout de même que, pour le moment, le processus de clonage demeure si coûteux que les clones ne sont pas destinés à l'alimentation mais bien à la reproduction.
L'Australie, le Brésil, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Japon utilisent aussi la technique du clonage mais uniquement pour la recherche.

Nous sommes donc encore bien loin de la réalité du livre!
Pourtant, il faut souligner que le clonage est un thème bien connu et qui est régulièrement pris comme objet pour un livre ou un film: l'exemple le plus frappant consiste sûrement en l'épisode II de la saga "Star Wars", intitulé "L'attaque des clones" et qui raconte l'invasion d'une véritable armée de clones contrôlée et programmée, les héros l'apprendront plus tard, par un sombre seigneur Sith.
Je ne peux résister à vous mettre le lien de la bande-annonce:


Sources:
http://tpesurleclonage.canalblog.com/archives/2009/12/14/16633380.html

vendredi 23 janvier 2015

"Le menteur d'Ombrie" - Bjarne Reuter


Del Diavolo Lacrima, promesse d'une vie éternelle, le désir ultime.

Bjarne Reuter  lauréat de nombreux prix littéraires, est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands noms de la littérature danoise. Preuve en est faite du très ecclésiastique "Menteur d'Ombrie". En effet, Reuter nous conte, là, dans un style haut en couleurs, l'histoire de Giuseppe Pagamino, parti à la recherche d'un précieux ingrédient, la larme du diable, indispensable au secret de la vie éternelle. 
Mais, dure réalité, en ce beau milieu du XIXème siècle où il prétend avoir beaucoup voyagé dans une Ombrie ravagée par la peste, Giuseppe fut avant tout un fossoyeur de tombes, voleur à ses heures perdues. Affabulateur, il l'est, d'où le titre de l'ouvrage.   

Notons que l'ouvrage est librement et volontairement inspiré du Décameron de Boccace et ça a là toute son importance: ainsi, ce Décameron dépeint la vie et moeurs de jeunes gens s'interrogeant sur les vices humains et les valeurs morales, au lendemain de la grande peste de Florence. Sujet et cadre spatio-temporel que Reuter reprendra subtilement dans son récit. Par ailleurs, la peste relie thématiquement les deux ouvrages.


Dans une perspective plus littéraire, nous ne serons pas déçus par la plume de l'auteur, tant au niveau des descriptions que par sont style su particulier, un véritable don pour raconter les histoires.

De plus, d'une manière générale, les principales catégories sociales de l'époque et les ingrédients romanesques sont tous, ou presque, au rendez-vous: histoires de vie bien entendu, mais aussi religion et clergé, amours et mariage, assassinats et morts,...
Bien que le récit soir prétexte à une énième histoire amoureuse, le roman se distingue de par la richesse et la complexité relationnelle des protagonistes. Amateurs d'histoires à l'eau de rose, passez votre chemin donc!

Nous retiendrons tout particulièrement une certaine ironie présente, notamment, via la traduction française du nom même de Pagamino - Païen, indice de son étrange destinée - ainsi qu'au travers de personnages plus sombres, comme un certain évêque qui, au final, se révélera tout autre qu'il ne l'aurait jamais imaginé. La fin constituera ainsi en un renversement acerbe de situation, laissant le lecteur particulièrement rêveur.

Quoique le romain soit essentiellement écrit sous forme de dialogues qui prennent de temps à autre l'allure d'un véritable conflit entre la bonne et mauvaise conscience du héros, l'on y retrouve de nombreuses métaphores et remarques percutantes. De plus, certains adages éculés ne conservent pas moins leur pertinence et leur beauté: "La mort a sûrement été créée pour nous rappeler la beauté de la vie" ou encore, "Le jour qui disparaît maintenant ne reviendra jamais, c'est pourquoi il est si précieux".

S'en dégage l'impression d'une lecture riche, percutante, et non dépourvue d'un certain réalisme, une lecture dont on ne peut sortir indemne.Humain et poignant.

                                                                              

samedi 6 décembre 2014

"Dinky rouge sang" - Marie-Aude Murail

Il faut tout d'abord savoir que Dinky rouge sang constitue, en fait, le premier tome d'une série de sept autres romans: la série "Nils Hazard, chasseur d'énigmes".
Dinky rouge sang raconte les nombreuses énigmes auxquelles sont confrontés Nils Hazard, professeur d'étruscologie à la Sorbonne, et son ancienne élève et assistante Catherine Roque. Tout cela évidemment déroulé sur le tapis ardent d'une romance naissante...


Dinky rouge sang?



Dinky rouge sang, un titre pour le moins étrange... Néanmoins, au fil du récit nous en comprendrons davantage les tenants et aboutissants.
Comme vous l'auriez probablement deviné à l'aide de l'illustration ci-dessus, le titre fait référence à une ancienne voiture de collection, une Alfa Romeo Giulieta, de la marque Dinky Toys, voiture possédée par feu les parents de Nils Hazard.
Il s'agit également de la voiture miniature que le jeune Nils trouve lors de son exploration dans les combles de ses grands-parents, et qu'il conserve toujours, une fois devenu adulte.

Fait remarquable, cette voiture nous accompagnera véritablement durant toute l'histoire, devenant son fil conducteur en quelque sorte.
La voiture est, en effet, évoquée très tôt dans le récit, dès la page huit. Le jeune Nils rêve alors du départ de ses parents pour une destination inconnue, dans une voiture de sport rouge éclatant, une Dinky rouge sang. Ces rêves le hanteront alors toute sa vie, faisant de lui ce qu'il est, un chasseur d'énigmes.
Nous comprenons ainsi que "Sang" n'est pas seulement une déclinaison du rouge de la voiture, mais fait également référence au meurtre des parents de Nils, à cette extrême violence.

D'autre part, le mot "Sang" a, lui aussi, toute son importance et ne fait pas seulement écho à la couleur de la voiture. Il appartient réellement au champ lexical employé dans le livre. Vous me direz, pour un roman policier, c'est l'évidence.... Mais au fond, pas tant que ça! Et c'est là que le génie de l'auteure, Marie-Aude Murail, intervient. Elle possède, en effet, le don de raconter et donc d'entrelacer un mot pour le moins basique du roman policier avec une histoire fascinante pourvu d'un personnage haut en couleur - avec une prédominance pour le rouge, le rouge sang -  et tout aussi énigmatique que les énigmes qu'il tend à résoudre, nous y reviendrons par la suite.

Concernant le titre, pari gagné donc!


Un comparaison avec la série "Sherlock"

Après la lecture du livre, une idée a soudainement fusé dans mon esprit: établir un comparaison avec la série Sherlock, produite par Mark Gatiss et Steven Moffat. Quelques points méritent, en effet, que l'on s'y attarde.


Tout d'abord, le personnage principal, Sherlock, présente quelques similitudes avec Nils Hazard.
Les deux personnages sont étranges, quelque peu excentriques et perçus comme tels. Ils présentent également une intelligence hors du commun, un passé trouble et un singulier manque d'empathie concernant l'espèce humaine. Sur ce dernier point, précisons tout de même que Sherlock en est le champion en la matière, Nils ne présentant pas cette même froideur, nous y reviendrons.
Nils et Sherlock possèdent également la fascinante capacité de déduction, les amenant à appréhender et analyser une personne ou un lieu en une poignée de secondes.

Tous deux sont évidemment de redoutables chasseurs d'énigme. Et c'est la façon de les résoudre qui m'intéresse ici. Sherlock utilise ce que l'on appelle la technique du "Palais mental" ou "Palais de la mémoire". Il s'agit, en gros, d'une méthode de mémorisation permettant d'enregistrer, à l'infini, une longue liste d'éléments en tout genre (lectures, visages, parfums,...) en les associant à un lieu déjà connu: votre "Palais" pourra donc être votre chambre, maison, jardin ou, plus globalement, n'importe quel endroit dans lequel vous vous sentez bien.
Dans Dinky rouge sang, Nils Hazard a, lui aussi, une mémoire extensible et impressionnante des détails et des faits en général. Il se pourrait donc qu'il utilise, très certainement inconsciemment, un "Palais mental", tout comme Marcel Proust, brièvement évoqué.
 En allant plus loin, il serait étonnant de penser que le"Palais mental" de Nils ne consisterait peut-être finalement pas en un lieu mais bien... en un rêve, véritable biais de sa concentration et mémorisation. Hypothétique hypothèse, nous n'en saurons sûrement jamais plus!

Une autre similitude entre les deux œuvres est évidemment la présence d'un acolyte accompagnant le héros lors de toutes ses enquêtes: Watson pour l'un, Catherine Roque pour l'autre.
Que ce soit dans la série ou le livre, les deux personnages y tiennent un rôle essentiel, juste derrière le héros. Tous deux consistent en les dignes représentants des personnes "normales", vous et moi, qui ont parfois du mal à suivre les raisonnements de leur détective respectif. Ceci est évidemment paradoxal car ce sont également les deux seules personnes à comprendre un tant soi peu Nils et Sherlock.
Autre point à souligner: les relations ambiguës entre le héros et les assistants. Si à la fin, l'accointance entre Nils et Catherine devient parfaitement claire, rien n'est moins sûr dans la série, laissant parfois le spectateur douter de la véritable relation entre Sherlock et Watson.

Enfin, je souhaiterai évoquer l'apparente insensibilité des deux personnages. Sur ce point, le livre diffère quelque peu de la série.
Sherlock est un sociopathe notoire, incapable de lier des liens avec d'autres êtres humains et ne sachant nullement faire preuve d'empathie, incapable d'éprouver une émotion.
Nils, quoique ne nous démontrant pas une énorme sensibilité, ressent tout de même une multitude de sentiments, preuve en est faite par l'amour qu'il éprouve pour Catherine, amour dont Sherlok serait incapable.

J'aimerai conclure par une petite précision: un livre n'est évidemment pas un film et inversement. Ce sont deux supports culturels différents qui répondent à leurs propres règles. Le langage filmique ne sera assurément pas le même que le langage livresque. Ma comparaison valant ce qu'elle vaut, je pense qu'il est tout de même essentiel de garder cela à l'esprit.


Première et quatrième de couverture, qu'en dire?





De la quatrième de couverture, je n'ai rien de spécifique à en dire, autant sur le fond que sur le forme. Ainsi, le résumé apéritif m’apparaît comme particulièrement bien réalisé: court mais pas trop, divulguant quelques informations, mais juste ce qu'il faut pour donner envie au lecteur d'ouvrir le livre.  
Sur la forme, il s'agit d'une quatrième de couverture tout ce qu'il y a de plus classique, dotée, il est important de le souligner, d'un beau fond sobre d'un noir ébène, convenant particulièrement à l'ambiance policière et énigmatique du livre. Rien à redire sur ce point!

La première de couverture, à présent! La première approche du livre...
 Nous pouvons y voir, de dos, une silhouette sombre, la tête légèrement baissée, se hâtant - ou errant, qui sait? - au milieu d'effervescents ronds colorés, tirant pour la plupart vers le rouge - dinky rouge sang. Nous y retrouvons également des points jaunes, bleus et verts. Et c'est envers ce foisonnement multicolore que je tends à devenir quelque peu sceptique.
En effet, et même si cette première de couverture révèle clairement un véritable travail de recherche de la part de l'illustrateur Gabriel Gay, je trouve personnellement que tous ces ronds de couleurs différentes laissent, au final, un impression de total capharnaüm et arriveraient presque à mettre de côté l'élément principal de l'illustration, à savoir la silhouette sombre, censée, peut-être, représenter Nils Hazard. Et je dois avouer - Peut-être est-ce dû à la saison - que tout ceci me fait irrésistiblement penser à un sapin de Noël dont les ampoules de la guirlande électrique clignotent dans tous les sens.

Clignotent, avez-vous dit? Comme des ampoules mais aussi comme... Les phares d'une voiture... D'une Dinky rouge sang par exemple. Cela tiendra davantage au récit. J'interpréterai alors la silhouette sombre comme étant celle de Nils Hazard allant au devant du grand mystère qu'est celui du meurtre de ses parents, au travers de la voiture représentée ici, implicitement, par la lumière de ses phares.

Après réflexion, les points colorés pourraient tout aussi bien symboliser les mystères auxquels est confronté Nils. L'explication de la silhouette vue de dos serait alors, à peu de choses près, la même que la précédente: Nils Hazard allant à la rencontre des énigmes qui se présentent à lui.

Finalement, pas si mal cette première de couverture!

Il y a des pourquoi qui sont veufs de parce que...

Il y a des pourquoi qui sont veufs de parce que.

Cette phrase, prononcée par Nils, est vite devenue l'une de mes citations fétiches et correspond, de mon point de vue, tellement bien au livre et au personnage que constitue le détective!

Certains pourraient comprendre la phrase comme une sorte de renoncement, il n'en est rien!
Nils affirme, de par cette locution, qu'il y a, de façon générale, bien des éléments, énigmes, mystères - nommez-les comme vous le souhaitez - qui lui échappent et lui échapperont encore et toujours, et en particulier son passé trouble.

Plus personnellement, je pense que cette phrase illustre bien la vie avec un grand V. Le monde comporte en son sein maints éléments inexplicables, ce qui, d'ailleurs, constituerait peut-être, en partie, la beauté de l'univers.

Murail nous propose donc là, en plus du reste, une ouverture vers une certaine forme de philosophie, celle du lâcher-prise, qui mériterait d'être débattue avec les élèves à qui l'enseignant aura eu la bonne idée de faire lire le livre.





jeudi 4 décembre 2014

"Simple" - Marie-Aude Murail



Tout d'abord un titre...

Comme tout livre – enfin, nous pouvons l’espérer ! – Simple nous apparaît d’abord de par un titre représentatif et assez énigmatique. Pas de fantaisies inutiles ni de fioritures : nous allons, ici, directement à l’essentiel.

Attaquons-nous donc au titre simplissime, si vous me pardonnez le jeu de mots : Simple, juste Simple, faisant référence à un jeune adulte déficient mental, Barnabé dit Simple. Mais simple, l’est-il vraiment ? À priori, nous pourrions affirmer sans hésitation qu’il en est ainsi : un jeune homme de vingt-deux ans possédant un quotient intellectuel d’un enfant de trois ans ne pourrait nous mener bien loin. Et pourtant… Barnabé – rendons-lui honneur ! –  constitue, en réalité, un personnage fortement intéressant et digne d’intérêt, un personnage qui prend de l’ampleur et de la profondeur, autant que l’un des meilleurs vins de Bourgogne.  En un clin d’œil, le voici peint d’une personnalité complexe qu’il nous faudra longtemps, au moins le temps d’un livre, pour appréhender.                                                                                        

Mais inutile de le nier, déficient mental il l’est et le restera. Ainsi, notre Barnabé accumule les bêtises en tout genre, casse les montres et téléphones portables  - sait-on jamais qu’il en sortirait des « beaud’hommes?! -, ne se balade jamais sans son « Vérolair » et son Monsieur Pinpin qu’il n’hésite pas à sortir en toutes occasions.  L’effet produit en est alors des plus étranges lorsque nous comprenons enfin que ces facéties, en plus de nous inspirer beaucoup de tendresse vis-à-vis du personnage, révèlent, en fait, son intelligence, une compréhension de la vie et des gens, et une logique qui n’en demeure pas moins, bien que différente de la nôtre, juste et touchante. Simple perçoit la vie à travers ses émotions, sans préjugés ou stéréotypes, parle sans user de mensonges ou de fioritures et ce qui en ressort est étonnamment vrai et rafraîchissant. Ainsi, Tata pue, Aria est gentille, la chambre est moche,...  

Bien sûr, l’écriture de l’auteure, Marie-Aude Murail, y est véritablement pour quelque chose. Cette dernière possède, il va sans dire, un incontestable don, une écriture fluide et fraîche qui a l’art de nous attendrir et de nous téléporter dans le quotidien poignant de deux jeunes frères pour qui l’on tremble et dont on suit l’évolution.  Sous sa plume et sa science de la narrativité, Simple prend vie et livre une bataille sans merci contre l’atroce complication des adultes.
Le titre pourrait donc se voir interprété dans ce sens également : Barnabé appréhende la vie d’une manière simple, véritable allégorie d’une enfant de trois ans qui découvre le monde et ne comprend pas la ténacité des grandes personnes à y ajouter un enchevêtrement de problèmes tous plus abrutissants les uns que les autres, problèmes vers lesquels tend Kléber qui dit, par opposition, se nommer Monsieur « Compliqué ».                                                  
 La vie vue par Simple est… Simple et constitue un encouragement à tendre vers cette simplicité pour retrouver la véritable valeur de la vie, sa substantifique moelle en quelque sorte !

Enfin, une autre interprétation du titre est possible et je n’ai pu m’empêcher de remarquer un détail : la récurrence du mot « Simple » utilisé en tant qu’adjectif et souvent employé en fin de chapitre ou de paragraphe. « Tout n’était pas simple dans cette histoire » ou encore « Pas si simple que ça » sont des phrases révélatrices et loin d’être anodines. En effet, la vie quotidienne aux côtés de Simple ne se révèle pas d’une facilité sans nom et s’avère même être une aventure de tous les jours.                                                           
Il n’en reste pas moins que cette non-simplicité, aurais-je envie d’ajouter, est valable pour tous les personnages du livre et globalement, pour le monde entier. Ainsi, ce livre nous apprend également qu’il faut lutter pour ce que l’on désire vraiment : l’amour d’Enzo pour Aria ou Kléber  qui lutte contre le dictât de la facilité imposé par son père en gardant Barnabé avec lui. 

Alors, Simple, un I-di-ot ? À cette question, Enzo y répond parfaitement : « C’est le type le plus intelligent que je connaisse. ».    


Egalement une couverture!




 L’image présente sur la couverture nous apparaît dans toute sa sobriété, comme il est coutume à l’École des Loisirs. Un lapin un peu défraichi et à l’oreille droite pliée nous fait face. Un coup d’œil à la quatrième de couverture suffit : il s’agit du fidèle compagnon de Simple : Monsieur Pinpin. Mais, qui est-il vraiment ?

D’emblée, nous pressentons que ce Monsieur Pinpin ne constitue en rien une peluche ordinaire comme il y en a des centaines. En effet, ce lapin volerait presque la vedette à Simple, tant il consiste à lui seul un personnage à part entière et doté d’une profondeur insoupçonnée. 
Si, de prime à bord, son rôle pourrait se restreindre à celui d’un confident, voire d’un ami imaginaire, la lecture du livre nous confirme qu’il est, en réalité bien plus que ça. De fil en aiguille, nous nous apercevons que Simple est Monsieur Pinpin et inversement, Monsieur Pinpin est Simple. Celui-ci vit véritablement à travers lui : lorsque Monsieur Pinpin est triste, c’est, en réalité, Simple qui l’est, quand Monsieur Pinpin incite Simple à dérober les briquets de Corentin, c’est, en fait, Simple qui le désire.
 Facteur psychologique primordial, Monsieur Pinpin a une fonction cathartique évidente : c’est à travers lui que Simple vit ses déboires, ses passions, ses interdits,… Un des passages les plus touchants du livre se révèle être le retour de Simple à Malicroix. Ce dernier va littéralement crever les yeux du lapin  pour ne pas voir ce qu’il se passe à Malicroix. Il exprime donc à travers Monsieur Pinpin ce que lui ressent profondément et qu’il ne sait dire avec les mots. C’est également à travers le lapin que Simple découvrira les premières ébauches de sexualité.   

Ensuite, élément important, Simple a véritablement conscience du fait que Monsieur Pinpin n’est pas un être vivant. Cependant, il fait bien la différence entre Monsieur Pinpin en tant que peluche et les autres peluches. Un exemple est donné par le passage dans lequel Simple apporte une lapine en peluche : une Madame Pinpin pour Monsieur Pinpin. Ce dernier, donc Simple également, repoussera la lapine d’un « Ca ? C’est une peluche. ». De la même façon qu’il ne peut y avoir deux Monsieur Pinpin, il ne peut y avoir deux Simple.

Enfin, une question importante est également traitée au travers de Monsieur Pinpin : la mort. Simple pose souvent la question au lapin : « Dis, est-ce que tu vas être mort un jour ? ». Le livre se referme d’ailleurs là-dessus.                                                                               
Simple, comme tout enfant, a peur de la mort et se pose évidemment des questions par rapport à cela, personne n’ayant apparemment pris la peine de lui en parler. 
De mon point de vue, j’ai perçu la question de plusieurs façons. La première est la plus évidente : la mère de Simple et de Kléber est morte des années auparavant et encore une fois, la peluche accomplit son action cathartique. 
Concernant les quelques autres interprétation, je n’ai aucune certitude, juste quelques hypothèses.     La première de ces hypothèses réside, tout simplement (encore Simple !) dans le fait que Simple a une peur bleue de perdre Monsieur Pinpin, de le perdre au sens littéral, c’est-à-dire de l’oublier quelque part comme ce qui a bien failli se passer dans l’église. Simple a fait du lapin une partie de lui-même, son véritable subconscient. Comment, dès lors, vivre sans ? 
 Une deuxième hypothèse concerne l’indépendance de Simple. En effet, pour gagner en autonomie, un enfant doit accepter de laisser derrière lui doudous et autres peluches, une mort symbolique en quelque sorte… Cependant, Simple ne sera sûrement jamais prêt à grandir, de par sa condition de déficient mental. 
Une dernière hypothèse consiste à penser que Simple a lui-même peur de mourir, de ne pas se réveiller un matin ou de disparaitre soudainement. En effet, comme nous l’avons démontré précédemment, Monsieur Pinpin est Simple. Avoir peur que le lapin meure reviendrait donc à avoir peur que lui-même disparaisse.   
Heureusement, comme répond si bien Monsieur Pinpin : « Non, c’est pas obligé ».                                                                                                             

La lumière fut... Et ce blog vit le jour!

Pour commencer... petites explications!

Dans le cadre de mon cursus dans la section français-morale à la Haute École "Les Rivageois", et particulièrement le cours de littérature jeunesse, il nous a été demandé de rédiger un carnet de lecture.
Après quelques ébauches sur papier, une idée naquit soudain: créer un blog!

Sur ce blog nouveau-né, des avis critiques, analyses mais aussi opinions personnelles sur une série de livres seront postés à fréquence régulière.

Ci-dessous, les consignes particulières à respecter.

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente lecture et un tant soi peu de plaisir quant à la découverte des différent livres proposés, vos avis et conseils étant évidemment les bienvenus!